ANNULATION DE L’EDITION 2022 DES BIS
À la suite des dernières annonces gouvernementales et compte tenu des nouvelles mesures sanitaires limitant les grands rassemblements à 2.000 personnes maximum en intérieur, nous sommes contraints de prendre l’exceptionnelle décision d’annuler la 10ème édition des BIS qui devait se tenir les 19 et 20 janvier à la Cité des Congrès de Nantes.
Grands débats, ateliers, stands, spectacles, concerts, Place des Tournées, «Espace Développement durable»… Pour une édition qui s’annonçait historique, les BIS attendaient plus de 10.000 participants et 400 exposants.
Unique en son genre, le rendez-vous est fréquenté par les professionnels du spectacle : producteurs, agents, représentants de théâtres, salles de spectacles, festivals, compagnies dramatiques ou chorégraphiques, collectivités…
Report, débats en distanciel, publications… L’équipe des BIS étudie actuellement les meilleures options possibles.
Les exposants qui avaient choisi de participer à cette édition seront intégralement remboursés des sommes versées.
« Nous remercions chaleureusement l’ensemble de nos partenaires, exposants, intervenants et prestataires pour leur confiance, déclare Nicolas Marc, créateur et directeur des BIS. C’est un nouveau coup dur pour tout l’écosystème du spectacle vivant. Nous partageons la profonde déception de toutes et tous. Les BIS sont un moment-clé et remplissent une véritable fonction d’appui à la filière culturelle, sur un plan national comme local, surtout dans ce contexte de crise d’une ampleur inédite et à l’issue encore incertaine. Toutes nos équipes sont d’ores et déjà mobilisées pour réussir la prochaine édition ».
Les BIS adressent aussi un salut amical et solidaire aux professionnels du spectacle, ainsi qu’aux autres salons et événements professionnels, spectacles et concerts qui devront être annulés dans les prochaines semaines.
Nantes, le 29 décembre 2021
Un coup d’arrêt brutal pour l’écosystème du spectacle vivant
L’annulation des BIS 2022 ne se limite pas à la suppression d’un événement : elle constitue un nouveau choc pour l’ensemble de la filière du spectacle, déjà durement éprouvée par deux années de restrictions. Pour de nombreuses compagnies, théâtres et producteurs, ce rendez-vous de début d’année représentait un moment stratégique de networking, de prises de contact et de signatures de contrats. Les retombées économiques directes et indirectes sont considérables : des centaines de contrats de cession de spectacles se négocient habituellement pendant ces deux jours, et leur absence risque de ralentir toute la programmation des saisons à venir. Les plus petites structures, qui dépendent de ce type de rencontres pour exister hors de leur territoire, se retrouvent une nouvelle fois en première ligne.
Au‑delà de l’aspect commercial, les BIS remplissaient une fonction de régulation et de veille pour tout le secteur. Tables rondes, ateliers juridiques, retours d’expériences sur les politiques culturelles : autant d’espaces de dialogue qui permettaient aux professionnels d’harmoniser leurs pratiques et d’anticiper les mutations. Leur annulation soudaine crée un vide informationnel, accentué par l’impossibilité de mesurer concrètement les tendances de création et les attentes des publics. Certains observateurs soulignent que ce contretemps pourrait accentuer les inégalités entre les réseaux bien établis et les artistes émergents, qui misaient sur la dynamique des BIS pour se faire repérer.
La déception est d’autant plus vive que l’édition 2022 s’annonçait historique, avec un programme enrichi, une « Place des Tournées » élargie et une fréquentation record annoncée. Pour beaucoup, l’annonce gouvernementale tombée à quelques jours de l’ouverture a été vécue comme une douche froide, révélant une fois encore la fragilité des plans à moyen terme dans un contexte sanitaire imprévisible.
Les coulisses de l’organisation : une décision exceptionnelle
Annuler un salon de cette ampleur ne se résume pas à appuyer sur un bouton. L’équipe des BIS a dû, en un temps record, déconstruire des mois de préparation logistique, juridique et humaine. La Cité des Congrès de Nantes était déjà configurée pour recevoir plus de 400 exposants, des scènes de démonstration, un village de start‑ups et de nombreux espaces de rencontres. Tout démontage anticipé a généré des surcoûts, absorbés en partie par l’organisation, tandis que des discussions s’engageaient avec les partenaires institutionnels pour en partager le fardeau.
La priorité a été donnée à la communication transparente envers les exposants et les prestataires. Dès l’annonce officielle, une cellule dédiée a été mise en place pour répondre aux questions liées aux avoirs, aux frais de transport ou d’hôtel engagés par les participants. L’organisation a confirmé que l’intégralité des sommes versées pour les stands et les espaces partenaires serait remboursée, sans pénalité ni retenue. Un travail de dentelle a été mené avec les banques et les assurances afin de fluidifier ces flux financiers, dans un calendrier extrêmement contraint.
En parallèle, les équipes ont dû gérer l’impact réputationnel : certains intervenants internationaux avaient déjà pris leurs billets d’avion, des artistes programmés pour les showcases nantais se retrouvaient sans scène, et la frustration des participants a parfois débouché sur des échanges tendus. La direction rappelle toutefois que cette annulation, dictée par un cadre légal strict, relève d’un cas de force majeure et que la responsabilité de l’événement n’est pas en cause.
Quelles alternatives pour maintenir le lien entre professionnels ?
Face à l’impossibilité de tenir un rassemblement physique, l’équipe des BIS explore activement plusieurs pistes pour conserver l’essence du rendez‑vous. Des débats en distanciel sont d’ores et déjà à l’étude, avec l’objectif de reproduire, dans un format numérique léger, les grandes tables rondes qui devaient animer l’événement. Ces webinaires, ouverts aux accrédités, pourraient porter sur des thématiques d’actualité brûlante : financement de la culture, transition écologique du spectacle, ou encore parité dans les programmations. L’idée n’est pas de singer un salon virtuel complet, mais de proposer des rendez‑vous ponctuels, interactifs, capables de nourrir la réflexion collective en attendant des jours meilleurs.
D’autre part, une attention particulière est portée à la diffusion d’information professionnelle. Les BIS envisagent la publication d’un livre blanc ou d’une veille sectorielle, alimentée par les contributions initialement prévues pour les ateliers. Un espace en ligne dédié pourrait recenser les offres de spectacles, les catalogues des producteurs et les coordonnées des diffuseurs, afin de faciliter la mise en relation. Cette plateforme ne remplacerait pas la chaleur des échanges humains, mais elle offrirait un point de repère temporaire aux professionnels qui, en janvier, réservent traditionnellement leurs dates de tournées.
Enfin, l’hypothèse d’un événement hybride plus tard dans l’année n’est pas exclue, si les conditions sanitaires le permettent. L’organisation reste prudente, échaudée par ce deuxième report consécutif (l’édition 2021 avait déjà été annulée dans un contexte similaire), mais elle affirme regarder avec attention les expériences menées par d’autres salons européens pour imaginer un BIS « de résilience », peut‑être réduit en jauge mais concentré sur l’essentiel.
Un avenir à reconstruire : le soutien indéfectible des partenaires
Dans cette épreuve, les BIS peuvent compter sur la fidélité de leurs partenaires historiques. La Région Pays de la Loire, Nantes Métropole, le Ministère de la Culture et les principaux syndicats professionnels ont immédiatement réaffirmé leur attachement à la manifestation et leur volonté de l’inscrire dans la durée. Des discussions ont débuté pour sécuriser les dates de janvier 2023 et, surtout, pour tirer les leçons de cette crise en matière d’assurance annulation et de flexibilité contractuelle. Un groupe de travail réunissant organisateurs, institutionnels et représentants du secteur devrait formuler des propositions d’ici le printemps.
Au‑delà du seul salon, c’est tout l’écosystème nantais qui se mobilise. Des salles de spectacles comme le Lieu Unique ou Stereolux ont proposé d’accueillir, en cas d’éventuel report partiel, des showcases ou des rencontres professionnelles décentralisées, pour que l’esprit des BIS continue d’irradier la ville. Les collectivités envisagent par ailleurs un dispositif exceptionnel d’accompagnement pour les compagnies qui auraient dû présenter leur travail aux programmateurs : bourses de diffusion, résidences de création éclairs, ou aide au transport pour des présentations privées.
La mobilisation témoigne d’une conscience partagée : les BIS ne sont pas un simple salon, mais un outil de travail indispensable à la vitalité de la création française et francophone. Alors que le rideau est tombé trop tôt sur l’édition 2022, tous les acteurs rêvent déjà d’une réouverture en 2023, avec l’espoir que le spectacle vivant, une fois encore, saura transformer ce revers en un élan renouvelé.
